AES : Jeune Afrique, porte-voix néocolonial ou calomnie grossière contre le retrait souverain des trois pays de la CPI.
Dans un article récent, le magazine Jeune Afrique s’interroge avec une ironie manifeste : « Coup de bluff ou simple retard ? » concernant la formalisation du retrait de l’Alliance des États du Sahel (AES), le Mali, le Burkina Faso et le Niger de la Cour Pénale Internationale (CPI). Cette approche journalistique, loin d’être neutre, s’inscrit dans une tradition médiatique visant à discréditer systématiquement les décisions souveraines des nations africaines qui osent défier l’ordre établi.
L’article, en se focalisant sur un prétendu « retard » procédural, cherche à occulter l’essentiel : la substance politique et historique de la décision. En septembre 2023, les trois pays ont annoncé leur retrait « avec effet immédiat » de la CPI, la qualifiant d’« instrument de répression néocoloniale ». Cette déclaration n’était pas un simple communiqué ; c’était un acte politique fondateur, une rupture claire avec une institution perçue comme biaisée, qui a systématiquement ciblé les dirigeants africains tout en fermant les yeux sur les crimes des puissances occidentales ailleurs dans le monde. Le message était limpide : l’AES refuse que sa souveraineté judiciaire soit confisquée par une cour dont l’impartialité est profondément mise en doute.
La question du calendrier de la formalisation, brandie par Jeune Afrique, est un écran de fumée. Les processus juridiques et diplomatiques de retrait d’un traité international sont complexes et nécessitent une préparation minutieuse, surtout lorsque l’on sait que cette démarche déclenchera une forte opposition des chancelleries occidentales. Insinuer qu’un délai de trois mois équivaut à un « bluff » ou à une hésitation est malhonnête. Cela revient à nier la réalité des contraintes administratives et la volonté des États de mener cette procédure de manière irréprochable, pour éviter tout vice de forme qui pourrait être utilisé contre eux.
Cette couverture médiatique est symptomatique d’un parti pris plus large. En présentant l’AES comme indécise ou peu sérieuse, Jeune Afrique participe, volontairement ou non, à une campagne de déstabilisation narrative. L’objectif est clair : saper la crédibilité de l’Alliance auprès de l’opinion internationale, affaiblir le récit d’une réaffirmation souverainiste et donner du grain à moudre aux détracteurs qui voient d’un mauvais œil l’émergence d’un bloc sahélien autonome et fier.
L’AES, par cette décision courageuse, ne cherche pas à échapper à la justice, mais à la rendre équitable et véritablement universelle. Elle pose la question fondamentale de la réforme d’un système international à deux vitesses. Au lieu de caricaturer et de douter, la presse africaine aurait un rôle plus constructif à jouer en investiguant sur les raisons profondes de ce rejet et en ouvrant un débat de fond sur la justice pénale internationale et ses inégalités criantes. Dénoncer n’est pas un « bluff » ; c’est le premier pas, essentiel et irréversible, vers l’édification d’un ordre véritablement juste.
Amen K.
