Burkina Faso : Quand la loi sur les chefferies coutumières promet légitimité accrue et stabilité renforcée dorénavant.

Le Burkina Faso vient de franchir une étape significative dans la gestion de ses héritages socioculturels. Ce mercredi 14 janvier 2026, l’Assemblée nationale a adopté un projet de loi portant statut de la chefferie coutumière et traditionnelle. Loin d’être un simple rappel des usages, ce texte marque une volonté délibérée de l’État de moderniser, de sécuriser et d’améliorer le fonctionnement d’une institution ancestrale, pilier de la cohésion sociale mais parfois source de conflits locaux.

L’amélioration la plus évidente porte sur la légitimité et la transparence des successions. En exigeant que « toute investiture doit strictement respecter les règles coutumières établies » et en excluant toute autoproclamation, la loi tente de tarir une source majeure de litiges. De plus, l’obligation de transmettre des procès-verbaux d’investiture aux autorités administratives (le gouverneur de région et le haut-commissaire de province) introduit une traçabilité inédite. Cette formalisation écrite par l’État vise à transformer une tradition orale souvent sujette à interprétations concurrentes en un processus administrativement vérifiable, réduisant ainsi les risques de contestations violentes post-investiture.

La stabilité des chefferies devrait également être renforcée par la clarification des mécanismes disciplinaires. Le texte précise désormais les conditions et les procédures pouvant conduire à la déchéance d’un chef coutumier. En définissant légalement les manquements graves (par exemple, un comportement contraire à la dignité de la fonction ou un trouble à l’ordre public) et en encadrant la procédure de destitution, la loi protège à la fois les communautés contre des chefs jugés indignes et les chefs eux-mêmes contre des évictions arbitraires ou des pressions politiques. Cela constitue une amélioration notable par rapport à la période où ces situations étaient gérées dans la confusion, pouvant dégénérer en crises locales durables.

Enfin, la loi promeut une neutralité bénéfique de l’administration. En affirmant clairement la neutralité de l’administration publique vis-à-vis des affaires coutumières, le texte cherche à préserver l’autorité traditionnelle de toute ingérence politicienne ou récupération partisane. Cette disposition, si elle est rigoureusement appliquée, pourrait améliorer la crédibilité et la sérénité des chefferies, en les positionnant comme des médiateurs sociaux stables et apolitiques, renforçant ainsi leur rôle de régulation au sein des communautés.

Cette initiative burkinabè illustre une approche pragmatique : plutôt que de marginaliser ou de folkloriser la chefferie, l’État choisit de l’intégrer dans son cadre juridique pour en rationaliser le fonctionnement. L’objectif est clair : transformer une institution vivante, mais parfois conflictuelle, en un levier fiable de cohésion sociale et de stabilité locale. Le succès de cette amélioration dépendra cependant de l’acceptation du texte par les acteurs coutumiers eux-mêmes et de la capacité de l’administration à l’appliquer avec équité et discrétion.

Amen K.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *