RDC : Quand l’offensive M23 et les ambitions rwandaises bloquent la paix dans les Grands Lacs
Un rapport de l’International Crisis Group (ICG), publié le 19 décembre 2025, dresse un tableau sombre des perspectives de paix dans l’Est de la République Démocratique du Congo. Intitulé « L’offensive du M23 : l’introuvable paix dans les Grands Lacs », il souligne que les ambitions du Rwanda de s’installer durablement, les revers de l’armée congolaise et l’absence de consensus politique interne et régional bloquent toute stabilisation durable.
Soutenus, selon l’ONU, par des troupes rwandaises, les rebelles du M23 ont conquis Goma en janvier 2025 et étendu leur contrôle sur les provinces du Nord et Sud-Kivu. Leur branche politique, l’Alliance du fleuve Congo (AFC), contrôle désormais la plus vaste zone depuis les guerres des années 1990, nourrissant l’ambition affichée de renverser le gouvernement de Kinshasa.
Cette avancée se poursuit paradoxalement malgré une succession d’accords de paix. Après un pacte signé à Washington en juin 2025, les présidents rwandais et congolais ont réaffirmé en décembre leur engagement à cesser les hostilités. Des pourparlers sous médiation qatarie ont également abouti à un accord-cadre avec le M23 en novembre.
Cependant, un décalage préoccupant persiste entre la diplomatie et le terrain. Les deux camps continuent de se réarmer et les violences ne cessent pas. Selon le rapport, les objectifs de Kigali, qui nie officiellement son soutien au M23, restent opaques mais semblent viser une installation permanente dans ces régions riches en minerais. Le Rwanda justifie sa posture par la menace que représentent pour sa sécurité les FDLR, d’anciennes milices hutues alliées de fait à Kinshasa.
La fragilité politique interne de la RDC complique encore la résolution de la crise. Les tensions sont vives depuis l’annonce en 2024 par le président Félix Tshisekedi d’une possible révision constitutionnelle, perçue comme une manœuvre pour briguer un troisième mandat. Cette perspective réduit les chances d’un consensus national sur la gestion de la rébellion. L’opposition est par ailleurs divisée, certains responsables s’étant ralliés à certaines revendications de l’AFC, ce que le gouvernement qualifie de sédition.
Face à cette impasse, l’ICG appelle les diplomates influents (américains, qataris, africains) à maintenir la pression sur toutes les parties. Leur priorité immédiate doit être d’œuvrer à un cessez-le-feu permanent et de prévenir une escalade régionale, notamment entre le Rwanda et le Burundi, qui soutient les troupes congolaises. À plus long terme, seule une relance de la coopération régionale et un désarmement crédible des groupes armés pourraient ouvrir la voie à une paix durable.
Amen K.
