RDC : La Banque centrale lance un programme historique de rachat de l’or artisanal pour constituer ses réserves stratégiques

La Banque centrale du Congo (BCC) franchit un pas décisif vers la souveraineté monétaire. Lors d’une cérémonie officielle tenue ce 23 février 2026 à Kinshasa, l’institution a présenté au public le lancement d’un accord visant le rachat de l’or produit localement par les artisans miniers, avec un objectif ambitieux : canaliser 15 tonnes du métal jaune chaque année pour constituer des réserves stratégiques en devises.

Cette décision marque une rupture fondamentale avec la gestion traditionnelle des changes en République démocratique du Congo. Pour la première fois, le pays producteur d’or parmi les premiers du continent entend corriger ce que le gouverneur André Wameso qualifie d' »anomalie historique majeure » : l’absence totale d’or physique dans les coffres de sa banque centrale. Pour piloter cette politique, la BCC s’appuie sur DRC Gold Trading SA, une entité étatique créée en 2022 et issue de l’ancienne entreprise émiratie Primera Gold.

L’ambition affichée est claire : transformer l’or artisanal en un véritable levier de stabilité financière. « La Banque centrale a voulu se positionner comme le principal acheteur de l’or produit par nos mineurs artisanaux au travers de la société DRC Gold », a précisé le gouverneur lors de la signature de la convention de partenariat.

Le choix du franc congolais comme monnaie d’achat est fortement présumé, s’alignant sur l’objectif de réduire la dépendance aux devises étrangères tout en transformant les stocks d’or en réserves de change. L’État deviendrait ainsi un concurrent direct des acheteurs locaux, avec une ambition de taille : canaliser une partie des 15 tonnes d’or que cible DRC Gold Trading annuellement.

Cependant, ce passage à l’échelle devra surmonter un double défi considérable. D’une part, il suppose de quintupler les volumes d’or artisanal captés, alors que la production déclarée selon les données officielles n’était que de 2,5 tonnes en 2025. D’autre part, au cours actuel de l’orfèvrerie mondiale, mobiliser un maximum de 15 tonnes d’or exige d’injecter environ 2,4 milliards de dollars, soit près de 7 000 milliards de francs congolais. Cela représente près d’un tiers du budget national de 2026 à injecter dans la masse monétaire chaque année, un mouvement dont l’impact sur l’inflation devra être étroitement surveillé.

Pour réussir ce pari ambitieux, la RDC peut s’inspirer des modèles africains voisins. La Tanzanie impose depuis 2023 une rétrocession de 20 % de sa production à sa banque centrale, s’appuyant sur des comptoirs de proximité pour assécher les circuits de contrebande. L’Éthiopie a prouvé l’efficacité des primes d’achat : en offrant des prix supérieurs à ceux du marché mondial, elle a collecté 26 tonnes en 2025, transformant l’or en un levier de réduction du déficit courant. Le Ghana, enfin, illustre une gestion dynamique des réserves, sa banque centrale n’hésitant pas à arbitrer son stock de 38 tonnes pour optimiser la liquidité du pays.

Amen K.

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