Sénégal : Quand l’arrivée possible de Lazard relance les spéculations sur une restructuration.
L’annonce selon laquelle Dakar pourrait confier à Lazard un mandat de conseil sur sa dette souveraine relance les spéculations autour d’un réaménagement financier. Confronté à une dette supérieure à 130% du PIB, à des besoins de financement élevés et à la suspension de son programme avec le FMI, le Sénégal cherche à restaurer sa crédibilité. La simple perspective de l’intervention de Lazard, spécialiste des restructurations souveraines, suffit à faire penser aux marchés à des options allant du rééchelonnement au reprofilage, voire à une restructuration plus vaste.
Lazard a conseillé ces dernières années des pays comme la Zambie, le Ghana, le Tchad ou le Mozambique, d’où sa réputation dans ce domaine. Mais sa venue ne signifie pas qu’une opération a été décidée : Global Sovereign Advisory, qui accompagne déjà Dakar, resterait en place, et la répartition exacte des missions entre conseillers n’est pas encore définie. À ce stade, rien n’est tranché.
L’urgence est pourtant réelle. La réévaluation de la dette après la découverte en 2024 d’emprunts non déclarés a fait bondir l’endettement public au-delà des seuils régionaux, fragilisant les relations avec les bailleurs. Le FMI a suspendu son prêt de 1,8 milliard de dollars, tandis que S&P et Moody’s ont dégradé la note souveraine. Les obligations sénégalaises en devises subissent des pressions : certains titres arrivant en 2033 et 2048 ont notablement sous-performé les pairs des marchés émergents.
Privé d’un accès fluide aux marchés internationaux, Dakar s’est récemment tourné vers le marché régional de l’UEMOA, mais la demande pour les émissions longues faiblit, limitant les marges de manœuvre. Le budget 2026 consacre environ 5 490 milliards de francs CFA au service de la dette, un poids lourd qui pèse sur la soutenabilité budgétaire.
La dimension politique ajoute une couche d’incertitude. Le président Bassirou Diomaye Faye reste discret sur l’éventualité d’une restructuration. L’opposition interne, incarnée notamment par Ousmane Sonko, avait exprimé son hostilité à une telle option avant son limogeage fin mai. Son influence demeure, ce qui complexifie les arbitrages.
À Washington, les équipes sénégalaises rencontrent le FMI pour clarifier les perspectives macroéconomiques, tandis que certains investisseurs discutent déjà de la création d’un groupe ad hoc pour représenter les créanciers en cas de négociations. Pour l’instant, les échanges demeurent préliminaires et l’avenir financier du Sénégal reste à préciser.
Amen K.
