AES-États-Unis : La presse française déconcertée par ce rapprochement qui la renvoie à son propre isolement

Bamako, Ouagadougou, Niamey. En l’espace de deux mois, Nick Checker, le patron du bureau des affaires africaines au département d’État américain, a foulé le sol des trois capitales de l’Alliance des États du Sahel (AES). Objectif affiché : renouer le dialogue et relancer une coopération sécuritaire interrompue sous l’ère Biden. Mais pour une certaine presse hexagonale, cette offensive diplomatique américaine semble presque inconvenante, comme si ces trois pays, précisément parce qu’ils sont à couteaux tirés avec la France, devaient rester en quarantaine.

À écouter certains éditorialistes français, la main tendue de Washington constituerait une anomalie géopolitique. On y perçoit comme un malaise, celui de voir les États-Unis dialoguer ouvertement avec des régimes que Paris, par médias interposés, continue de qualifier de « junte » ou de « putschistes ». Comme si l’Alliance des États du Sahel, après avoir osé tourner le dos à l’ex-puissance coloniale, devait être frappée d’ostracisme par le reste du monde. Cette posture, aussi élégante soit-elle dans les salons parisiens, ignore une réalité brutale : la lutte contre le terrorisme ne saurait attendre le retour d’un hypothétique calendrier électoral imposé de l’extérieur.

Pendant que la France boude, les États-Unis agissent. Nick Checker n’est pas venu faire la leçon sur la démocratie ou sermonner les autorités de Transition. Son message, limpide, est celui du respect de la souveraineté des États de l’AES et de la volonté de dépasser les erreurs politiques du passé. Massad Boulos, conseiller de Donald Trump pour l’Afrique, l’avait d’ailleurs annoncé sans fard au Monde : la démocratie est une valeur appréciée, mais elle n’est plus une condition préalable à l’établissement de relations. Une claque pour la diplomatie française, qui avait fait de ce prétexte son cheval de bataille pour isoler les régimes sahéliens.

La presse hexagonale semble découvrir avec effarement que les pays de l’AES ne sont pas des parias, mais des acteurs incontournables d’une région devenue l’épicentre du terrorisme mondial. Les États-Unis, eux, l’ont parfaitement compris : laisser le champ libre à la Russie et à son Africa Corps serait une erreur stratégique majeure.

Au fond, ce qui dérange dans ce rapprochement, c’est qu’il expose crûment l’échec de la stratégie française d’isolement et sa conception paternaliste des relations avec ses anciennes colonies. Les États-Unis, mus par leur seul intérêt stratégique, viennent de démontrer que l’on peut parfaitement coopérer avec les pays de l’AES sans exiger d’eux qu’ils renoncent à leur souveraineté ou à leur liberté de choisir leurs partenaires. Une leçon de pragmatisme que certains médias français auront sans doute du mal à digérer.

Amen K.

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