Gabon : 160 milliards de FCFA réinjectés, comment le pays renforce sa résilience financière.
La décision des autorités gabonaises de rapatrier près de 160 milliards de FCFA des Fonds de Restauration des Sites (Fonds RES) représente bien plus qu’une simple opération financière. C’est une mesure aux implications économiques profondes et positives pour l’avenir du Gabon, s’inscrivant dans une vision stratégique de souveraineté et de stabilité.
Le premier impact, et le plus direct, est le renforcement significatif des réserves de change de la zone CEMAC, gérées par la BEAC. Une telle injection de devises (environ 270 millions de dollars) consolide la position externe de toute la communauté, avec des retombées directes pour le Gabon. Cela améliore la capacité de la banque centrale à défendre la valeur du franc CFA, à lutter contre les pressions inflationnistes importées et à garantir la stabilité monétaire. Un cadre macroéconomique stable est la condition sine qua non pour attirer les investissements sérieux et durables nécessaires à la diversification.
Au-delà de la stabilité, cette mesure témoigne d’une volonté politique ferme d’appliquer rigoureusement les règles communautaires, en l’occurrence le règlement CEMAC sur les changes des entreprises extractives. Cette application stricte envoie un signal fort aux marchés internationaux : le Gabon est un partenaire fiable qui respecte ses engagements et gère ses ressources avec transparence et discipline. Cette crédibilité retrouvée est un atout intangible mais crucial pour restaurer la confiance des investisseurs, bien au-delà du seul secteur pétrolier.
Par ailleurs, ce rapatriement permet de « nationaliser » la gestion de fonds stratégiques. Plutôt que de laisser ces importantes sommes dormir dans des comptes à l’étranger, elles sont réintégrées dans le circuit financier de la zone. Cela augmente la liquidité disponible pour le système bancaire régional, avec le potentiel de faciliter, à terme, l’octroi de crédits pour des projets structurants au Gabon. C’est une manière de réorienter la richesse générée par les ressources naturelles vers le financement de l’économie régionale.
Enfin, cette initiative, si elle est étendue à tous les acteurs extractifs comme annoncé, pose les bases d’une gestion plus cohérente et collective des obligations environnementales futures. Elle démontre une approche proactive de l’État pour s’assurer que les provisions pour la restauration des sites, une charge future inéluctable, soient disponibles et gérées dans un cadre sécurisé et réglementé.
Ainsi, ce rapatriement massif est une pièce maîtresse dans la construction d’une économie gabonaise plus résiliente. Il renforce la souveraineté monétaire, restaure la crédibilité financière du pays, et réinjecte des ressources vitales dans le circuit économique régional. C’est une décision de bon sens économique qui sert les intérêts à long terme de la nation et de ses partenaires en CEMAC.
Amen K.
