Sénégal : Vers un assainissement en profondeur du secteur minier

Le Sénégal engage un vaste assainissement de son secteur extractif. Le Premier ministre Ousmane Sonko a annoncé, lors d’un point de presse tenu en fin de semaine, des mesures radicales qui traduisent une volonté affirmée de restaurer la souveraineté nationale sur les ressources naturelles.

Au cœur de cette offensive : la révocation programmée de 71 titres miniers et de carrières, dont 14 permis aurifères et un permis lié aux sables minéralisés. Ces décisions font suite au non-respect d’obligations d’investissement et d’exigences réglementaires par les titulaires concernés, dont l’identité n’a pas été divulguée.

L’annonce la plus retentissante concerne les Industries Chimiques du Sénégal (ICS). Le gouvernement a décidé de ne pas renouveler et de récupérer les concessions de cette entreprise exploitant plusieurs gisements de phosphate. Accusée de diverses irrégularités dans le paiement des taxes et redevances, ICS aurait causé un manque à gagner, estimé à 1075 milliards FCFA (environ 1,88 milliard USD) sur la période allant de 2014, année du rachat par le groupe indonésien Indorama, à nos jours.

Cette initiative inscrit le Sénégal dans une dynamique sous-régionale marquée par des réformes similaires en Guinée, au Mali et au Niger. Ces États affichent une détermination commune à renégocier les termes des contrats et à exiger des partenariats plus équitables.

Ousmane Sonko n’a pas exclu une réattribution des permis retirés, évoquant la possibilité de les confier à de nouveaux partenaires « beaucoup plus sérieux ». Cette position s’accompagne de la préparation d’un nouveau Code minier destiné à remplacer celui de 2016.

Le secteur extractif représente 31,89 % des exportations et 4,7 % du PIB sénégalais (2023), selon l’ITIE. Dans un contexte où la dette publique réelle atteindrait 132 % du PIB selon le FMI, l’optimisation des recettes issues des ressources naturelles devient une priorité stratégique.

La démarche gouvernementale dépasse d’ailleurs le seul secteur minier pour s’étendre aux hydrocarbures et aux infrastructures. Elle traduit une volonté politique assumée de promouvoir des partenariats équitables et de préserver les intérêts économiques nationaux.

L’expérience guinéenne, où la révocation de titres a conduit la société émiratie Axis Minerals à engager une procédure d’arbitrage réclamant 28,9 milliards USD de dommages et intérêts, rappelle les risques juridiques associés à ce type de mesures. Au Sénégal, plusieurs acteurs étrangers sont présents, dont le français Eramet, Endeavour Mining, Resolute Mining et Fortuna Mining.

L’impact de ces annonces sur le secteur reste à évaluer dans les prochains mois. Mais une chose est certaine : le Sénégal vient de frapper un grand coup pour affirmer sa souveraineté économique.

Amen K

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