Côte d’Ivoire : Cacao, une crise structurelle face à l’incertitude financière

La filière cacao ivoirienne, poumon économique du pays, traverse une zone de fortes turbulences. Depuis la fin de 2025, la commercialisation intérieure est paralysée par une situation inédite depuis une décennie, mettant en lumière les vulnérabilités structurelles d’un système confronté à la volatilité des marchés.

Le cœur du problème réside dans l’effondrement récent des cours mondiaux. De nombreux exportateurs, engagés par contrat auprès du Conseil du Café-Cacao (CCC) à des prix élevés, se retrouvent dans l’incapacité financière de prendre livraison des fèves. Cette impasse a entraîné l’immobilisation de dizaines de camions aux ports d’Abidjan et de San Pedro, bloquant physiquement la chaîne logistique et laissant les producteurs en attente de paiement.

Face à cette urgence, le gouvernement a annoncé, le 20 janvier, une intervention massive : le rachat par l’État de 123 000 tonnes de cacao invendu. Si cette décision vise à désengorger les ports et à apaiser les tensions sociales, elle soulève plus de questions qu’elle n’apporte de réponses claires. L’enveloppe estimée, entre 280 et 344 milliards FCFA, représente un effort financi colossal. Pourtant, l’origine exacte de ces fonds demeure un mystère, alimentant les spéculations et les inquiétudes.

Cette opération gouvernementale pointe surtout un dysfonctionnement majeur du mécanisme de régulation. Le CCC est censé disposer d’une caisse de stabilisation, alimentée lors des bonnes années pour compenser les baisses de prix. Son apparente incapacité à mobiliser ces fonds pour résoudre la crise actuelle interroge sur la gestion et la transparence de cette institution clé. « On se demande pourquoi le CCC n’applique pas directement ses propres règles », souligne un consultant, résumant un sentiment d’incompréhension partagé par de nombreux acteurs.

Cette crise rappelle douloureusement les épisodes précédents, notamment celui de 2016-2017 qui avait coûté son poste à la directrice générale de l’époque et entraîné des pertes colossales. Aujourd’hui, les syndicats réclament déjà la tête de l’actuel directeur général, Yves Brahima Koné. Au-delà des changements d’hommes, c’est la résilience du modèle ivoirien qui est en jeu.

L’intervention de l’État, bien que nécessaire à court terme, ne doit pas éluder le débat de fond : comment construire une filière moins exposée aux chocs exogènes et plus transparente dans sa gouvernance financière ? Les semaines à venir, qui verront ou non la concrétisation de ce plan de sauvetage, seront décisives pour la crédibilité des institutions et la confiance des centaines de milliers de planteurs qui font vivre la première économie cacaoyère mondiale.

Amen K.

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