Ghana / Santé : Quand l’État appelle à dépasser le modèle de l’aide internationale
Face à l’effondrement des financements occidentaux, le président ghanéen John Dramani Mahama a lancé un appel solennel lundi devant l’Assemblée mondiale de la santé à Genève : construire des systèmes de santé souverains et résilients, sans plus attendre la charité des bailleurs.
Son constat est sans appel. Le Ghana a perdu 78 millions de dollars de financement américain dédiés au paludisme, à la santé maternelle et au VIH/SIDA. En Afrique du Sud, le retrait du programme PEPFAR a fermé des cliniques et privé 1,4 million de personnes vivant avec le VIH de traitement. Au total, l’aide humanitaire internationale a chuté de 40 %. « Nous ne venons pas pleurer le passé, mais construire un avenir », a lancé Mahama, pour qui ces coupes sont « le signal final que le vieux système de dépendance a fait son temps ».
Architecte de l’Accra Reset Initiative, lancée en août 2025 lors de la Conférence africaine sur la souveraineté sanitaire, le président ghanéen a présenté les réformes engagées par son pays comme une preuve de faisabilité. La couverture de l’assurance maladie nationale (NHIS) a été portée à 66 %, un programme de soins primaires gratuits a été lancé, 300 millions de dollars supplémentaires ont été injectés dans le système de santé, et le Ghana Medical Trust Fund surnommé « Mahama Cares » prend désormais en charge les maladies non transmissibles. Le pays vise par ailleurs une sortie du financement GAVI pour les vaccins d’ici 2030.
Pour réformer l’architecture sanitaire mondiale, trois piliers ont été proposés : un Panel indépendant de haut niveau sur la réforme, un Observatoire pour coordonner l’OMS, GAVI et le Fonds mondial, et un mécanisme baptisé HING visant à transformer la volonté politique en investissements concrets dans la fabrication locale et la bio-innovation.
Mahama a adressé trois demandes aux 194 États membres : ne pas plafonner l’ambition des réformes, investir dans l’exécution plutôt que dans les discours, et mesurer le succès « à l’aune de la clinique, et non de la conférence ». Une feuille de route claire pour une santé enfin libérée de la dépendance.
