APSACO 2025 : l’émergence de l’AES, un tournant majeur dans la sécurité ouest-africaine

Dix ans après son lancement, l’African Peace and Security Annual Conference (APSACO) s’est ouverte à Salé, près de Rabat, sous le thème : « Dix ans après : tendances, évolutions et continuités dans le paysage de la paix et de la sécurité en Afrique ». Organisée par le think tank marocain Policy Center for the New South (PCNS) à l’Université Mohammed VI Polytechnique, cette dixième édition a placé au cœur des débats les relations entre l’Alliance des États du Sahel (AES) et la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest (Cédéao).

Pour Sampala Balima, directrice générale adjointe du Centre national d’études stratégiques du Burkina Faso, l’émergence de l’AES et le retrait du Burkina Faso, du Mali et du Niger de la Cédéao constituent l’événement sécuritaire majeur de la dernière décennie. Selon elle, cette évolution a reconfiguré l’espace sécuritaire ouest-africain en deux blocs distincts, ouvrant une nouvelle phase dans les mécanismes de coopération et de défense collective.

Une analyse contestée par Garba Abdoul Azizou, chercheur associé au CECRI-UCL et ancien conseiller spécial du président nigérien Mohamed Bazoum. Pour lui, la création de l’AES n’a pas fondamentalement modifié la nature des menaces. Il estime que les défis sécuritaires actuels exigent une coopération plus large impliquant l’AES, la Cédéao et les États du Golfe de Guinée.

Les discussions ont également porté sur l’efficacité des dispositifs régionaux. Sampala Balima a distingué coopération sécuritaire et sécurité collective, jugeant que le modèle de défense collective de la Cédéao n’a pas produit les résultats attendus. Elle a toutefois relevé que l’AES repose elle aussi sur un mécanisme similaire, créant une situation inédite de coexistence entre deux cadres sécuritaires confrontés aux mêmes menaces transfrontalières.

Sharkdam Wapmuk, professeur à l’Académie de défense du Nigéria, a plaidé pour un renforcement de l’intégration régionale, estimant que les États africains sont « plus forts ensemble que divisés ». Sidi Mohamed Sidi, professeur à l’Université de Nouakchott, a qualifié l’AES d’expression d’un « néo-souverainisme » tout en soulignant que l’évolution des relations entre les États sahéliens et les organisations régionales sera déterminante pour la stabilité future.

La perspective d’un rapprochement entre l’AES et la Cédéao a été évoquée. Sampala Balima a plaidé pour un dialogue permanent fondé sur les intérêts des populations. Malgré leurs divergences, tous les intervenants se sont accordés sur un constat : la menace terroriste demeure transnationale et nécessite une réponse collective articulant dimensions sécuritaire, politique et socio-économique.

Amen K.

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