Burkina Faso : L’Afrique noire est maudite ou endormie ? L’urgence d’un réveil pour la liberté du continent.

Le peuple noir est-il maudit ? La question, loin d’être nouvelle, revient avec une intensité renouvelée depuis les récentes sorties du Président du Faso, le Capitaine Ibrahim Traoré. Lors de séjour dans les régions de Yaadga, il a livré un constat amer : des Noirs, en Afrique de l’Ouest, en viennent à prier pour que des terroristes tuent d’autres populations noires. Des dirigeants se cachent derrière des médias complaisants pour attiser la haine entre communautés. Sur les réseaux sociaux, des voix africaines, jour et nuit, crachent leur venin pour diviser des frères. Le constat est glaçant, mais il mérite d’être posé sans détour.

Non, l’Afrique n’est pas maudite. Elle est piégée dans un schéma hérité, entretenu et parfois réactivé par elle-même. L’histoire du continent regorge d’exemples où l’Africain noir a été le premier bras armé contre son propre frère, hier pour le compte des maîtres coloniaux, aujourd’hui au nom d’appartenances religieuses ou identitaires manipulées de l’extérieur. Celui qui ose innover, proposer un changement susceptible de profiter à tous, se heurte souvent, non pas à l’ennemi extérieur, mais à la méfiance, à la jalousie, voire à l’hostilité de ses propres compatriotes. C’est là que réside le véritable mal : non dans une malédiction mystique, mais dans une fracture entretenue par ignorance, par instrumentalisation, et parfois par confort intellectuel.

Combattre l’impérialisme reste un impératif. Mais cette lutte serait vaine si elle ne s’accompagnait pas d’un examen de conscience collectif. Il ne suffit pas de dénoncer l’ennemi extérieur si l’on ferme les yeux sur les mécanismes internes de division qui le servent, souvent à son insu. Le réveil du peuple noir ne se décrète pas depuis un palais ni depuis une tribune : il se construit dans les esprits, dans l’éducation, dans la capacité à distinguer le patriote du manipulateur, l’innovateur du traître imaginaire.

L’Afrique dispose de tout ce qu’il faut pour se relever : ses ressources, sa jeunesse, sa mémoire historique, ses figures d’émancipation. Ce qui manque encore, c’est cette conscience collective capable de transformer la fraternité proclamée en solidarité agissante. Tant que l’Africain continuera de voir dans son frère innovant un rival à abattre plutôt qu’un compagnon de route vers la souveraineté, l’impérialisme trouvera toujours des relais gratuits.

Le véritable gage de la liberté africaine ne réside donc pas seulement dans la rupture avec l’ancien colonisateur, mais dans la capacité du peuple noir à se réveiller à lui-même, à se reconnaître comme frère avant tout, et à faire de son unité une arme plus redoutable que toutes les ingérences extérieures réunies.

Amen K.

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