Burkina Faso / FASO BƱ-KAOORE : Une avancée majeure pour rapprocher la justice des populations
Les autorités Burkinabè viennent de franchir un pas historique. Par la prise d’un décret portant modalités de désignation des membres des instances traditionnelles de règlement des différends, le pays se dote désormais d’un outil concret pour opérationnaliser la loi n°003-2026/ALT du 14 janvier 2026, intitulée « FASO BƱ-KAOORE ». Cette avancée, aussi discrète que profonde, promet de révolutionner l’accès à la justice pour des millions de Burkinabè.
Jusqu’ici, la justice formelle, avec ses lenteurs, ses coûts et sa distance géographique, restait hors de portée pour une large frange de la population, notamment en milieu rural. Le nouveau décret vient combler ce vide. Il détermine précisément le mode de désignation des membres de ces instances au niveau des villages et des secteurs des villes. L’innovation est majeure : ces sages et conciliateurs ne seront pas imposés par l’administration. Ils seront désignés « selon les us et coutumes de chaque localité ».
En s’en remettant aux traditions locales, l’État burkinabè reconnaît la légitimité profonde des mécanismes endogènes de résolution des conflits. Conflits fonciers, différends familiaux, litiges de voisinage ou questions successorales : autant de contentieux qui trouveront désormais une issue rapide et acceptée par les parties, sans engorger davantage les tribunaux classiques.
La portée de cette initiative inédite est triple. D’abord, elle décentralise la justice. Chaque village, chaque secteur urbain pourra compter sur des instances ancrées dans le réel, parlant la langue des justiciables et comprenant leurs réalités. Ensuite, elle désengorge le système judiciaire formel, permettant aux magistrats de se concentrer sur les affaires les plus graves ou complexes. Enfin, elle favorise la paix sociale : une justice rendue par les pairs, selon des règles connues et acceptées, est une justice qui apaise durablement les tensions.
En opérationnalisant « FASO BƱ-KAOORE », le gouvernement ne se contente pas d’appliquer une loi. Il invente une nouvelle articulation entre modernité et tradition. Loin de renier l’État de droit, cette justice traditionnelle institutionnalisée le complète et l’enracine. C’est un pari audacieux : faire confiance aux communautés pour régler elles-mêmes leurs différends, tout en les encadrant par un décret clair et précis.
Pour le justiciable burkinabè, c’est la promesse d’une justice plus proche, plus rapide et plus humaine. Pour le pays, c’est un pas décisif vers une cohésion sociale renforcée. Le Conseil des ministres peut être fier d’avoir posé cet acte fondateur.
Amen K.
