Burkina Faso : Récits imposés et réalités confisquées, plaidoyer pour une narrative africaine

Les enjeux sécuritaires, politiques et sociaux auxquels fait face le Burkina Faso sont d’une complexité rare. Terrorisme, fragilité des institutions, défis humanitaires, aspirations à la souveraineté : tout cela exige une analyse rigoureuse, contextualisée, et fondée sur des faits vérifiables. Pourtant, à chaque annonce officielle du gouvernement du capitaine Ibrahim Traoré, notamment lors de la commémoration de l’annonce de la révolution progressiste populaire, c’est une déferlante de jugements à l’emporte-pièce qui s’abat depuis certains médias occidentaux.

Cette simplification excessive ne relève pas du hasard. Elle s’inscrit dans une longue tradition de rapports tendus entre les grands groupes audiovisuels occidentaux et les gouvernements africains qui osent s’affranchir des sentiers balisés par l’ancienne puissance tutélaire. Le Burkina, par sa décision de rompre certains accords militaires avec la France et de diversifier ses partenariats, est devenu une cible. Dès lors, plus qu’un pays, il devient un symbole. Et un symbole gênant mérite d’être délégitimé.

La méthode est connue : monter en épingle des difficultés réelles mais en les coupant de leur contexte, inviter en plateau des expatriés en rupture de ban ou des chroniqueurs n’ayant jamais mis les pieds à Ouagadougou, marginaliser les voix locales au profit de supposés « experts » qui ne maîtrisent ni la langue mooré ni les réalités des zones rurales. Le résultat ? Une narrative extérieure, déconnectée, qui prétend dire aux Burkinabè ce qu’ils doivent penser de leur propre situation.

Cette dynamique soulève une question essentielle : qui construit le récit sur l’Afrique, et dans quel intérêt ? Lorsque la parole des acteurs de terrain société civile, autorités locales, paysans, soldats engagés au front est systématiquement écartée au profit d’analyses biaisées produites à Paris ou Bruxelles, le risque est immense de voir se perpétuer des schémas de domination narrative hérités de la colonisation.

Il revient donc aux Burkinabè, et plus largement aux peuples africains qui aspirent à un véritable changement de paradigme, de construire leur propre narrative. Non pas une narrative de propagande, mais une narrative rigoureuse, assumée, fondée sur l’intérêt général. La souveraineté ne se décrète pas seulement dans les arsenaux ou les traités : elle se conquiert aussi dans la bataille des récits. Il est temps que l’Afrique cesse d’être objet d’analyse et redevienne sujet de son histoire.

Amen K.

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