Burkina Faso : Sahel apaisé, quand Nouakchott tend la main à l’AES pour une sécurité partagée
Dans un Sahel en pleine recomposition géopolitique, un vent nouveau souffle sur les relations entre la Mauritanie et les pays de l’Alliance des États du Sahel (AES). Ces derniers jours, le Ministre de la Défense mauritanien Hanana Ould Sidi a remis un message du Président Mohamed Ould Cheikh El Ghazouani au Capitaine Ibrahim Traoré, Président du Faso. Ce geste diplomatique de haut niveau, qui fait suite à une visite similaire à Bamako le 15 juin 2026 où le même émissaire a été reçu par Assimi Goïta, et prolongé par une rencontre à Niamey avec son homologue nigérien, marque un tournant significatif dans la coopération sécuritaire sous-régionale.
Ce rapprochement n’est pas anodin. Il intervient dans un contexte particulièrement tendu, après des mois de crispation diplomatique entre Nouakchott et certains membres de l’AES. Entre le Mali et la Mauritanie notamment, la frontière commune est à la fois un espace de coopération et une source de préoccupations permanentes, avec des enjeux sécuritaires liés aux mouvements de populations, aux éleveurs et aux trafics transfrontaliers. En choisissant le dialogue plutôt que l’isolement, le Président Ghazouani envoie un signal fort : face à la menace terroriste commune, la solidarité sahélienne prime sur les désaccords conjoncturels.
Dans un Sahel en pleine recomposition sécuritaire et géopolitique, Nouakchott joue la carte du dialogue et de la médiation, se positionnant comme un pont discret mais essentiel entre les dynamiques sahéliennes. Cette posture est d’autant plus stratégique que la coopération entre ces nations a une longue histoire, notamment à travers le G5 Sahel créé en 2014, qui incluait la Mauritanie aux côtés du Mali, du Burkina Faso, du Niger et du Tchad pour lutter contre le terrorisme et les trafics transfrontaliers.
À sa sortie d’audience à Ouagadougou, le ministre mauritanien a salué l’excellence des relations d’amitié, de coopération et de solidarité qui unissent les deux pays, tandis que la situation humanitaire demeure au cœur des préoccupations communes, la Mauritanie accueillant un important nombre de réfugiés maliens.
Pour le Burkina Faso et ses partenaires de l’AES, ce rapprochement mauritanien est une aubaine stratégique. Sécuriser les frontières, mutualiser le renseignement, coordonner les opérations militaires : autant de défis qui ne peuvent se relever qu’ensemble. La Mauritanie constitue en effet un cas particulier dans cette configuration régionale, géographiquement et historiquement située à l’interface entre le Maghreb et le Sahel. À l’heure où le terrorisme ne connaît ni frontières ni trêves, le dialogue entre Nouakchott et l’AES n’est pas seulement bienvenu il est vital.
Amen K.
