Ghana : Un collège de formation des enseignants pour rattraper le retard éducatif
Face à une pénurie chronique d’enseignants qualifiés et à des disparités criantes entre villes et campagnes, le Ghana accélère sa réforme éducative. Mardi 31 mars, le ministre de l’Éducation, Haruna Iddrisu, a annoncé l’accord de principe pour la création d’un collège de formation des enseignants à Ezinlibo, dans la municipalité de Jomoro, à l’ouest du pays. L’établissement, prévu pour 2027, vise à offrir à cette région enclavée une infrastructure capable de former localement les maîtres de demain.
L’urgence est réelle. Le budget 2025 du ministère révèle que moins de 51 % des enseignants du primaire sont certifiés, avec des écarts vertigineux entre zones urbaines et rurales. En 2024, seuls 6 596 candidats ont obtenu leur certification sur 42 538 inscrits à l’examen national de qualification. Dans le supérieur, le taux brut de scolarisation plafonne à 19,6 %, loin de l’objectif de 25 % fixé pour 2026.
Ce retard s’explique en partie par un sous-investissement persistant. Les dépenses publiques d’éducation sont passées de 4,3 % du PIB en 2020 à 3,1 % en 2023, en deçà du seuil minimal de 4 à 6 % recommandé par l’UNESCO. Pour y remédier, Accra mise sur un modèle de financement mixte innovant. Le projet d’Ezinlibo illustre cette stratégie : le ministère de l’Éducation et la Ghana Tertiary Education Commission (GTEC) pilotent l’aspect politique, tandis que Ghana Gas contribue via sa responsabilité sociale. Ce mécanisme de triple alliance pourrait être généralisé pour contourner les contraintes budgétaires.
L’initiative trouve son origine dans une démarche citoyenne. C’est « une proposition soumise par la Nzema Academia and Educationalist Association qui a enclenché le processus », a rappelé Judith Adjoaba Blay, directrice générale de Ghana Gas.
Par ailleurs, en février 2025, le Ghana a lancé avec l’UNICEF une subvention de 2,23 millions de dollars du Partenariat mondial pour l’éducation, destinée à renforcer les capacités institutionnelles jusqu’en décembre 2027. Le ministre Haruna Iddrisu assure que le gouvernement dispose d’« arguments solides pour soutenir cette initiative ». Le pari est ambitieux : former massivement des enseignants qualifiés pour que chaque enfant ghanéen, où qu’il vive, ait accès à une éducation de qualité.
Amen K.
