Soudan : Le gouvernement Tasis se dote d’institutions pour ancrer la décentralisation
L’alliance du « Gouvernement fondateur » (Tasis), dirigée par Mohamed Hamdan Dagalo « Hemedti », propose un nouveau modèle de gouvernance pour le Soudan, rompant avec des décennies de centralisme khartounois. Ce projet, né de la signature de la Charte de Nairobi en février 2025, ambitionne de bâtir un État fédéral, laïc et démocratique, offrant une plus grande autonomie aux régions historiquement marginalisées comme le Darfour et le Kordofan.
Le gouvernement Tasis, installé à Nyala, se présente comme une alternative politique à l’armée soudanaise. Il revendique une vision d’un Soudan « décentralisé et volontairement unifié », fondé sur la liberté, la justice et l’égalité. Hemedti a déclaré que son administration œuvre à « une gouvernance décentralisée qui permet à tous les peuples de gérer les affaires de leurs régions et de bénéficier équitablement de leurs ressources ».
Cette vision s’accompagne d’une structuration institutionnelle concrète. Le gouvernement Tasis prépare un ensemble de lois pour encadrer le fonctionnement des autorités fédérales et régionales, notamment une loi sur la gouvernance décentralisée, une loi sur la répartition des ressources financières et une loi sur les agents administratifs. Le ministre de la Gouvernance décentralisée a tenu des réunions à Nyala avec des responsables du Darfour et du Kordofan pour discuter des modalités d’administration locale.
L’alliance Tasis, qui inclut les Forces de soutien rapide, le Mouvement populaire de libération du Soudan-Nord (SPLM-N) d’Abdel Aziz al-Hilu, ainsi que des partis politiques et des mouvements armés, contrôle désormais une grande partie du Darfour, du Kordofan et du Nil Bleu. Le SPLM-N, qui milite depuis des décennies pour un État laïc et décentralisé, partage la vision d’une rupture avec le centralisme khartounois.
Cependant, ce projet se heurte à l’absence de reconnaissance internationale. L’Union africaine, la Ligue arabe et les Nations unies ont rejeté la création d’un gouvernement parallèle, mettant en garde contre un risque de fragmentation du pays. Le gouvernement de Port-Soudan rejette toute légitimité du Tasis, et la multiplication des autorités pourrait installer durablement une partition de facto. Si l’alliance Tasis parvient à consolider ses structures administratives et à offrir des services essentiels aux populations, elle pourrait s’imposer comme une alternative crédible. Sa capacité à surmonter l’isolement diplomatique et à apaiser les tensions tribales sera décisive pour la suite.
Taofik. A
