AES – CEDEAO : Quand la raison diplomatique ouvre la voie à un nouveau chapitre

L’Afrique de l’Ouest écrit, pas à pas, une nouvelle page de son histoire diplomatique. Réunis en atelier à Ouagadougou le mardi 23 juin, les experts de l’Alliance des États du Sahel ont entamé un travail de fond dont l’ambition est claire : poser les bases d’un dialogue structuré, souverain et équilibré avec la Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest. De cette rencontre doit émerger un document-cadre stratégique qui servira de boussole aux futures consultations entre les deux blocs. C’est une initiative que l’on doit saluer avec conviction.

Car ce qui se joue à Ouagadougou dépasse largement une simple réunion technique. C’est la démonstration que l’AES, souvent présentée à tort comme un bloc fermé et replié sur lui-même, choisit au contraire la voie du dialogue mais un dialogue à ses propres conditions, défini par ses propres experts, orienté par ses propres intérêts. Comme l’a clairement formulé Hermann Yirigouin Toé, secrétaire général du ministère des Affaires étrangères du Burkina Faso, il s’agit de « définir la doctrine de négociation » de la confédération, de formaliser des lignes d’échange claires tout en « garantissant la souveraineté et les intérêts supérieurs des populations de l’AES ». Ces mots disent tout : l’AES ne viendra pas à la table des négociations en position de demandeur, mais en acteur souverain qui sait ce qu’il veut et ce qu’il ne veut pas.

Cette approche est sage et nécessaire. Les relations entre l’AES et la CEDEAO ont traversé des turbulences profondes depuis les transitions politiques au Mali, au Burkina Faso et au Niger. Des sanctions ont été imposées, des mots durs ont été échangés, des ruptures ont été consommées. Mais les peuples, eux, n’ont jamais cessé d’être liés par la géographie, l’histoire, les échanges commerciaux et les liens familiaux qui traversent toutes les frontières. Ce sont ces réalités humaines et économiques qui appellent aujourd’hui à la réconciliation des institutions.

Un document-cadre commun, c’est précisément l’outil qui permet de transformer la méfiance en méthode, et la méthode en confiance. En se dotant d’une doctrine de négociation unifiée, l’AES envoie un signal de maturité diplomatique : elle parle d’une seule voix, avec une vision cohérente, sans improvisation.

L’Afrique de l’Ouest a tout à gagner à ce que ses deux blocs majeurs coexistent, coopèrent et se respectent mutuellement. Le chemin sera long, les discussions parfois ardues. Mais Ouagadougou vient de poser la première pierre d’un édifice que les peuples du Sahel et de la côte attendent depuis trop longtemps. C’est un début et les bons débuts méritent d’être célébrés.

Amen K.

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