Sahel : Le corridor Mali-Niger-Libye, autoroute persistante de la cocaïne
Malgré les guerres, les recompositions politiques qu’a traversés la région, l’axe terrestre reliant le Mali, le Niger et la Libye continue d’irriguer des réseaux criminels, et divers groupes armés. C’est ce que révèle une étude publiée en août 2026 par la Global Initiative Against Transnational Organized Crime (GI-TOC).
Selon ce rapport, ce corridor demeure l’une des voies de transit majeures pour l’acheminement de la cocaïne entre l’Afrique de l’Ouest et les débouchés européens. Si l’essentiel du volume destiné à l’Europe emprunte la voie maritime, les auteurs insistent sur le rôle déterminant que jouent les itinéraires sahéliens dans les économies de guerre et les dispositifs de protection qui entretiennent les conflits de la région.
Au Mali, l’offensive lancée par les Forces armées maliennes (FAMa) depuis 2023 a bouleversé la cartographie des trajets. De nombreux convois délaissent désormais les axes historiques autour de Kidal pour emprunter des itinéraires plus longs, transitant par la zone de Ménaka avant de rejoindre le territoire nigérien.
Au Niger, l’arrivée au pouvoir du Président Tiani a fait voler en éclats les anciens circuits de protection politique, désorganisant fortement les filières de cocaïne et de cannabis jusqu’à la fin de l’année 2024. D’après le rapport, ces réseaux se seraient toutefois reconstitués progressivement à compter de la mi-2025, avec une présence grandissante d’individus gravitant autour de l’Union des Nigériens pour la Vigilance et le Patriotisme (UNVP), décrite comme un acteur émergent dans la protection des convois.
En Libye, le passage par le Fezzan conserve toute son importance pour l’acheminement de la cocaïne vers les rives méditerranéennes. En dépit des combats survenus en 2025 et au début de 2026, plusieurs filières auraient relocalisé leurs points d’appui logistique vers des zones moins exposées, en particulier aux abords du passage de Salvador. Ce point de transit verrait passer, selon des sources mentionnées dans le rapport, entre 60 et 70 kilogrammes de cocaïne chaque mois.
Le rapport aborde par ailleurs l’usage récurrent de l’aviation légère dans ces trafics régionaux. Il évoque à ce titre l’affaire « Air Cocaïne » de 2009, au cours de laquelle un Boeing 727 en provenance d’Amérique latine s’était posé dans le nord du Mali avec plusieurs tonnes de cocaïne à son bord, ainsi que la saisie, à Bissau en septembre 2024, de 2,6 tonnes de cocaïne dans un avion privé qui, selon les enquêteurs, avait pour destination finale Bamako.
Élaboré à partir de plus de 150 entretiens menés entre septembre 2025 et janvier 2026 au Mali, au Niger et en Libye, le rapport conclut à la résilience persistante des routes transsahéliennes. Le trafic de cocaïne continuerait ainsi de financer réseaux criminels et groupes armés, érigeant le corridor Mali-Niger-Libye en facteur structurant de l’instabilité qui frappe le Sahel.
Amen K.
