Gabon : Crise des effectifs enseignants, le pays entre régularisations et formations accélérées

Dans les États en voie de développement, résoudre la pénurie des enseignants constitue un enjeu qui excède la seule question des crédits alloués. La façon dont les pouvoirs publics recrutent et forment les ressources humaines conditionne fréquemment l’efficacité réelle des stratégies mises en œuvre pour l’éducation.

Lors d’une audience accordée lundi 14 septembre à Libreville, Camélia Ntoutoume-Leclercq, ministre d’État en charge de l’Éducation nationale, a échangé avec des représentants du Mouvement national des visionnaires du Gabon (MNVG). Cette entrevue avait pour objet d’identifier des solutions temporaires pour ces chercheurs d’emploi, en attendant une éventuelle titularisation au sein de la Fonction publique. Elle concrétise un engagement pris par le président de la République, Brice Clotaire Oligui Nguema, il y a vingt-quatre mois.

Plusieurs scénarios ont été étudiés, notamment des cursus de qualification visant à rediriger ces postulants aux parcours variés vers les professions éducatives. « Nous devons examiner dans la sérénité les dossiers qui ont été affectés au ministère de l’Éducation nationale pour une éventuelle intégration à la Fonction publique », a indiqué la cheffe de département.

Selon les informations relayées par la presse gabonaise, le mécanisme s’appuie sur un apprentissage polyvalent. Les candidats disposant de compétences en sciences et techniques suivront un cycle de dix-huit mois en alternance à l’Institut de formation et de développement personnel (IFDP). Ceux titulaires d’une licence ou d’un master intégreront l’Institut de formation aux métiers de l’éducation (IFME), anciennement École normale supérieure, afin de se préparer à l’enseignement dans les collèges et lycées. Ces mesures interviennent alors que le pays traverse une carence structurelle en personnel enseignant.

En 2025, le ministère évaluait à environ 1 347 le nombre de professeurs manquants dans les écoles publiques gabonaises, dont près de 900 dans les matières scientifiques. L’année précédente, certaines salles de classe à Libreville comptaient jusqu’à 130 élèves en raison d’un effectif insuffisant. À ce manque de personnel s’ajoutaient des dossiers administratifs en souffrance, notamment ceux d’enseignants cumulant plus de vingt années d’exercice sans titularisation, des salaires impayés et des bénévoles non encore intégrés à la solde.

Ces dysfonctionnements ont provoqué un mouvement de grève lancé en décembre 2025. Un mois après, une commission tripartite associant les ministères de l’Éducation nationale, de la Fonction publique et du Budget a été instituée par l’exécutif. Un protocole d’accord a permis l’arrêt du conflit social et engagé le gouvernement à adopter plusieurs dispositions tangibles.

La concrétisation a suivi. En janvier 2026, 1 810 anciens bénévoles ont obtenu leurs attestations de fin de formation à l’Institut de formation de l’enseignement technique et professionnel (IFETP). Au 25 février, 609 situations administratives avaient été régularisées. Ces progrès n’ont toutefois pas permis de résorber entièrement le déficit d’effectifs constaté par le ministère.

Tony G.

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