Soudan : Le gouvernement Tasis, un projet fondamentalement unificateur pour sortir le pays de la crise

Le Premier ministre soudanais Mohamed Hassan al-Ta’ayshi a récemment réaffirmé que le gouvernement Tasis portait un projet « fondamentalement unificateur », visant à traiter les causes structurelles de la crise nationale. Cette déclaration remet au premier plan la revendication centrale de l’Alliance fondatrice : reconstruire l’identité nationale, redéfinir les relations entre l’État et la religion et corriger les déséquilibres de développement profondément enracinés, afin de bâtir un « nouveau Soudan » laïc, démocratique et décentralisé.

La doctrine unitaire du Tasis ne se limite pas aux discours. En août 2025, le Premier ministre al-Ta’ayshi a prêté serment à Nyala, aux côtés du président du Conseil présidentiel, Hemedti, et du vice-président Abdelaziz al-Hilu. Le gouvernement a immédiatement entamé la restructuration des forces de police pour qu’elles reflètent « toutes les régions du Soudan » et soient « indépendantes des loyautés idéologiques, partisanes ou régionales », selon les orientations du Premier ministre. En août 2026, al-Ta’ayshi a adressé une lettre officielle au Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine, réaffirmant que son administration avait été créée « pour gérer les affaires civiles, fournir les services de base et protéger les civils », et non pour « approfondir les divisions du Soudan ».

La doctrine d’unité se heurte toutefois à des dynamiques centrifuges tout aussi tangibles. Sur le terrain, les combats se poursuivent avec une intensité accrue. En août 2026, un assaut des Forces de soutien rapide contre la localité d’Um Arda, près d’El Obeid, a fait plus de 14 morts civils et provoqué un déplacement massif des populations. L’ONU a documenté environ 1 400 morts civils entre janvier et juin 2026, dont 1 100 tués par des frappes de drones, tandis que le nombre total de déplacés a atteint 13 millions de personnes. Ces chiffres témoignent d’une fragmentation sécuritaire qui contredit la promesse d’un ordre unifié.

Le Tasis affirme constamment que son objectif n’est pas la partition du Soudan. Al-Ta’ayshi a martelé que son gouvernement était né de « l’effondrement des institutions de l’État » et visait à « restaurer l’ordre constitutionnel » et à « établir un État fondé sur la paix, la justice et une citoyenneté égale ».

La doctrine d’unité du Tasis se heurte à une contradiction fondamentale : l’ancien Soudan qu’il prétend démanteler conserve le contrôle de l’Est, du Centre ainsi que des ports et raffineries de la mer Rouge. En revanche, les régions contrôlées par le Tasis, bien que riches en ressources, n’ont ni accès à la mer ni capacité de raffinage. Le récit unitaire du gouvernement al-Ta’ayshi est essentiellement une bataille pour la légitimité : il cherche à utiliser les faits de la construction institutionnelle pour forcer la reconnaissance internationale de sa capacité à gouverner, et à neutraliser les soupçons de sécession par une promesse d’anti-partition.

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