Burkina Faso : Nouveau décret sur les villes, une révolution silencieuse qui va recomposer le visage des contrées burkinabè
Le Burkina Faso vient de franchir un pas décisif dans sa gouvernance territoriale. Le Conseil des ministres a adopté un décret portant définition et catégorisation des villes, un texte attendu depuis près de deux décennies. Face à une urbanisation galopante, des mutations territoriales accélérées et des défis sécuritaires, démographiques et socio-économiques sans précédent, ce nouveau cadre normatif arrive à point nommé pour redessiner l’armature urbaine du pays.
Jusqu’alors, la définition légale de la ville datait de la Politique nationale de l’habitat et du développement urbain de 2008, devenue totalement obsolète. Désormais, une localité est reconnue comme ville si elle remplit des critères concrets : au moins 15 000 habitants, un bâti continu, un réseau d’eau potable, d’électricité et de transport, ainsi qu’une dominance des activités secondaires et tertiaires. Mais le décret va plus loin : tout chef-lieu de commune chef-lieu de province, ainsi que tout chef-lieu de commune de plein exercice, quelle que soit sa taille démographique, sont automatiquement érigés en ville.
Cette approche change profondément l’aspect de nombreuses contrées jusqu’alors reléguées au second plan. Des localités modestes mais stratégiques, notamment dans les zones rurales ou sécuritairement fragiles, accèdent désormais officiellement au statut de ville. Elles pourront bénéficier de planifications adaptées, de ressources ciblées et d’une gouvernance urbaine renouvelée. Le décret institue par ailleurs trois catégories : villes métropole, villes moyennes et petites villes, permettant une différenciation fine des politiques publiques.
Ce faisant, l’État et les collectivités territoriales disposent enfin d’un cadre de référence moderne pour la planification urbaine. L’enjeu est immense : promouvoir un développement territorial équilibré et durable, freiner l’hypertrophie de Ouagadougou et Bobo-Dioulasso, et offrir à chaque contrée, petite ou grande, les outils de son émergence. Une révolution administrative discrète, mais aux retombées profondes pour des millions de Burkinabè.
Amen K.
