Maroc-Espagne : ce qu’il faut savoir de l’expulsion d’un activiste du Polisario

Arrêté à Bilbao le 30 mars 2021, Fayçal al-Bahloul, alias « Boukhnouna », présent illégalement sur le territoire espagnol, a été refoulé en direction du Royaume le 16 novembre. Voici ce que l’on sait de son parcours.

Visé par deux mandats d’arrêt émis par la justice marocaine en 2021, le militant indépendantiste du Front Polisario, Fayçal al-Bahloul, a finalement été expulsé par les autorités espagnoles vers le Maroc, le 16 novembre. À son arrivée à l’aéroport Mohammed-V, à Casablanca, il a été placé en état d’arrestation et interrogé par la Brigade nationale de la police judiciaire. Il sera présenté devant le Tribunal de première instance d’Aïn Sbaâ, à Casablanca.

Né dans la commune rurale de Labiar, dans la région de Guelmim, Fayçal al-Bahloul émigre dans les années 1990 avec son père aux îles Canaries, où il exerce pendant un temps le métier de serveur, avant d’être enrôlé par la branche locale du Polisario.

Il acquiert une petite notoriété sur internet en 2020, auprès de la frange la plus radicale du mouvement indépendantiste, en postant régulièrement sur YouTube et sur son compte Facebook des vidéos où il se présente comme un imam et appelle, entre autres, au meurtre de policiers et de civils marocains. Il a également publiquement menacé de mort et d’enlèvement Ali Barrich, un blogueur marocain, qui a décidé de porter plainte contre lui.

Outre ses frasques en ligne, « Boukhnouna », comme il est surnommé sur les réseaux sociaux, a participé à des manifestations pro-Polisario dans plusieurs pays européens, notamment en France. Une source judiciaire contactée par JA comptabilise pas moins de 14 allers-retours entre les deux pays, de août 2010 à mai 2018.

Suivi par près de 30 000 personnes sur Facebook, l’homme dispose d’une audience telle que les autorités marocaines se sont alarmées de ses appels à la violence. Au début de l’année, plusieurs consulats marocains ont été la cible d’actes de vandalisme, comme à Den Bosch et Utrecht, aux Pays-Bas, ainsi qu’à Valence, en Espagne, en novembre 2020. Les auteurs de ces actes, proches du Polisario, s’en sont notamment pris au drapeau marocain.

Les autorités marocaines craignaient sans doute que ces événements ne viennent à se répéter, d’où la volonté de le voir arrêté rapidement et jugé sur le territoire national. Le quotidien espagnol ABC indique qu’un juge d’instruction avait exigé sans délai son placement en détention préventive en avril 2021, car selon les enquêteurs locaux, il s’apprêtait à passer de la parole aux actes.

Ne bénéficiant pas de la nationalité espagnole, Fayçal al-Bahloul a été expulsé par les autorités locales après que Madrid a obtenu un laissez-passer consulaire permettant de le refouler vers le Maroc. Il n’a donc pas fait l’objet d’une extradition formelle.

La même source affirme qu’il n’aurait pas participé aux événements qui se sont déroulés en 2010 à Gdim Izikprès de Laâyoune, et qu’il n’a « pas été arrêté dans ce cadre et n’a fait l’objet d’aucune procédure en relation avec ces événements ». À l’époque, les autorités marocaines avaient procédé au démantèlement d’un camp habité par 15 000 Sahraouis, qui manifestaient pour l’amélioration de leurs conditions de vie. Des affrontements s’en sont suivis. Bilan : 11 morts et 159 blessés côté marocain, et 36 Sahraouis tués, selon le Polisario.

À la suite de ces événements, 25 Sahraouis ont été poursuivis pour « constitution de bandes criminelles et violences sur les forces de l’ordre ayant entraîné leur mort avec préméditation, mutilation de cadavres et complicité », puis condamnés par le tribunal militaire à des peines allant de 20 ans à la réclusion à perpétuité.

En accédant à la demande du Maroc, l’Espagne fait d’une pierre deux coups. D’abord parce que Fayçal al-Bahloul était devenu encombrant pour Madrid, car les appels au crime qu’il avait coutume de proférer avant son arrestation, en mars 2021, visaient également des ressortissants marocains présents sur le territoire espagnol, ce qui exposait le pays à des attaques directes sur son sol.

Ensuite, parce que cette opération permet au gouvernement espagnol de poursuivre la détente amorcée avec Rabat après les multiples tensions survenues entre les deux pays ces derniers mois.

L’extradition de Fayçal al-Bahloul met aussi en exergue le cas de Mohamed Hajib, militant salafiste qui a appelé depuis le territoire allemand à commettre des attaques au Maroc. Rabat estime que l’Allemagne ne se montre pas assez coopérative et regrette qu’elle ne mette pas fin à ces appels en poursuivant l’intéressé en justice.

Ibrahim KHALEEL

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *