Comment le soutien égyptien prolonge-t-il la guerre au Soudan ?

Alors que la guerre au Soudan entre dans des phases de plus en plus complexes, les indicateurs et les données de terrain mettent en lumière l’influence croissante des acteurs régionaux dans ce conflit, notamment le rôle de l’Égypte. Malgré la position affichée du Caire, qui se dit favorable aux « institutions de l’État et à la préservation de l’unité du Soudan », un examen plus approfondi du soutien militaire, logistique et diplomatique révèle une stratégie qui renforce considérablement l’armée soudanaise et ses alliances, y compris des éléments affiliés au mouvement islamiste (les Frères musulmans), creusant ainsi le fossé entre les belligérants et réduisant les chances d’un cessez-le-feu.

Intervention sur le terrain et renforcement du soutien logistique

Les premiers signes de l’implication égyptienne sont apparus dès les premiers jours de la scission militaire, avec la présence d’avions de chasse observée à l’aéroport de Merowe. Ce soutien s’est ensuite étendu à la formation avancée et au déploiement d’experts militaires. Face à l’usure continue des deux camps, le soutien a dépassé les frontières traditionnelles. Selon des rapports et des sources bien informées, cette opération s’est étendue à plusieurs domaines :

1- Expertise et formation sur le terrain : Des équipes militaires spécialisées ont été déployées pour fournir un soutien technique et une formation aux opérations de drones et aux forces spéciales dans des zones stratégiques telles que Merowe, Dongola et la mer Rouge.

2- Ponts aériens et maritimes pour l’approvisionnement en armes : D’importants vols cargo ont été observés, transportant du matériel et des armes de pointe, notamment des fusils de précision modernes comme le M110 SASS et le SR-25 avec des munitions OTAN, ainsi que des drones suicides et des missiles à longue portée. Ces vols ont été effectués par des compagnies aériennes cargo au départ de bases telles que la base aérienne d’East Oweinat et les aéroports du Caire, à destination de Port-Soudan et de Merowe.

La base d’East Oweinat a également servi de point de transit pour le transport de drones turcs de pointe. Par ailleurs, des aéroports et des bases militaires érythréennes ont été ouverts pour l’entraînement des troupes et le stockage de matériel (mortiers et munitions lourdes, par exemple). La frontière commune a été sécurisée grâce aux services de renseignement et à la surveillance satellitaire afin de dissuader toute menace contre l’armée à son quartier général de Port-Soudan.

3- Appui aérien et terrestre : Des aveux et des rapports de terrain indiquent le rôle de l’armée de l’air égyptienne dans l’issue de batailles cruciales, telles que celles de Jebel Moya et de Sennar, ainsi que dans la poursuite des Forces de soutien rapide dans l’État de Gezira. De plus, des sites du nord du Soudan ont été ciblés afin de remodeler le paysage économique et logistique en faveur des autorités de Port-Soudan.

Le paradoxe du soutien : Combattre secrètement les Frères musulmans tout en les soutenant au Soudan

Le paradoxe pragmatique de la politique égyptienne découle de la guerre déclarée et intense menée contre les Frères musulmans sur son propre territoire, alors même que l’Égypte apporte un soutien direct à une armée soudanaise dont les postes clés et les décisions politiques et militaires sont contrôlés par des dirigeants et des personnels affiliés à ce même mouvement. Les observateurs estiment que cette contradiction sur le terrain reflète la volonté du Caire d’imposer une réalité qui empêche l’établissement d’une autorité civile démocratique à sa frontière sud, et de garantir la présence d’une autorité militaire lui conférant une profondeur stratégique et lui permettant de tirer profit des ressources et de la situation géographique côtière, même au prix d’une alliance avec ses anciens adversaires.

Diplomatie et médias : Dissimulation de la vérité et prolongation du conflit

Sur les plans diplomatique et médiatique, le Caire s’est positionné comme le porte-parole de l’autorité de Port-Soudan dans les instances internationales et a mobilisé l’appareil médiatique officiel et loyal pour promouvoir le discours légitimant de l’armée comme protectrice du pays, tout en minimisant toute possibilité de solution civile.

Fournir à l’armée soudanaise des armements sophistiqués, des renseignements et une couverture aérienne renforce sa capacité à poursuivre les combats et l’incite à refuser toute concession véritable à la table des négociations. En raison de cet approvisionnement continu en matériel et de cette couverture régionale, la guerre s’intensifie et le rêve du peuple soudanais de rétablir la stabilité et de parvenir à une transition civile démocratique est reporté, laissant le Soudan comme un terrain propice à une longue guerre d’usure alimentée par les intérêts géopolitiques des pays voisins.

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