Libye : à Cyrène et Apollonia, la guerre des hommes contre le temps pour sauver les vestiges antiques

Dans l’est de la Libye, une poignée d’archéologues, d’experts et de bénévoles mène un combat discret mais acharné pour préserver les vestiges antiques de Cyrène et d’Apollonia, deux sites du patrimoine mondial gravement menacés par les conflits, les pillages et les catastrophes naturelles.

Fondée en 631 avant notre ère, Cyrène fut l’une des cités grecques les plus prospères d’Afrique du Nord. Son temple de Zeus, plus vaste que le Parthénon d’Athènes, témoigne encore de sa grandeur passée. « C’est un lieu à couper le souffle », confie le guide Hamdi Al-Kailani, admiratif devant ses colonnes monumentales.

Mais derrière cette beauté se cache une histoire récente tumultueuse. Après la chute de Mouammar Kadhafi en 2011, la Libye a sombré dans l’instabilité. Profitant du vide sécuritaire, des groupes armés et des organisations djihadistes, dont l’État islamique, ont ciblé plusieurs sites archéologiques de l’est du pays. Face à l’absence de protection institutionnelle, conservateurs et habitants ont dû agir seuls pour sauver les trésors de Cyrène.

Smail Dakhil, responsable du musée local, se souvient de cette période d’angoisse. Craignant les pillages, les équipes ont discrètement déplacé des statues de petite taille, des pièces d’or et des archives vers des lieux sûrs. Les œuvres les plus imposantes, impossibles à transporter, ont été protégées grâce à la vigilance permanente de bénévoles et de riverains, qui ont assuré une surveillance jour et nuit. Aujourd’hui, le musée de Cyrène abrite plus de 40 000 objets archéologiques, dont des représentations d’Apollon et de Zeus sauvées in extremis.

En septembre 2023, un nouveau drame s’est abattu sur la région. La tempête Daniel a provoqué des inondations catastrophiques dans l’est de la Libye, notamment à Derna, située à une centaine de kilomètres de Cyrène. Des milliers de personnes ont péri et plusieurs sites historiques ont subi d’importants dégâts, ajoutant une urgence climatique à une crise sécuritaire déjà critique.

Malgré ces épreuves successives, la détermination des défenseurs du patrimoine libyen reste intacte. À Cyrène comme à Apollonia, ils poursuivent leur mission, conscients que chaque pierre préservée est une mémoire sauvée. Leur travail, mené dans l’ombre et souvent au péril de leur vie, rappelle que le patrimoine antique de la Libye, héritage de l’humanité tout entière, mérite de traverser les âges.

Amen K.

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