Libéria : Cour anti-corruption, Cour des crimes de guerre, le double pari du Président Joseph Boakai
Vingt et un ans après la fin de la seconde guerre civile libérienne, qui a fait environ 250 000 morts et laissé un pays profondément marqué par l’impunité, la promesse d’une véritable justice transitionnelle demeure l’un des dossiers les plus scrutés du mandat de Joseph Nyuma Boakai. Depuis son investiture en janvier 2024, le Président a fait de la création d’une Cour spéciale des crimes de guerre et d’une Cour nationale anti-corruption l’un des piliers affichés de sa gouvernance, un chantier engagé qui évolu tant bien que mal.
Dès mai 2024, le Chef de l’État avait institué, par décret, l’Office chargé de préparer la mise en place de ces deux juridictions. Ce mandat a été renouvelé à deux reprises, la dernière fois par l’Ordonnance exécutive n°164, signée le 1er mai 2026, prolongeant le travail de l’institution pour une année supplémentaire. Quatre jours seulement après cette signature, l’Office a remis au Président les projets de loi devant établir formellement les deux cours, aussitôt transmis à la Législature avec instruction d’en accélérer l’adoption dans un délai de 90 jours.
Cette accélération s’est accompagnée d’un engagement financier concret : le gouvernement a alloué une enveloppe annuelle de deux millions de dollars pour soutenir le fonctionnement de l’Office, un geste présenté par les autorités comme le passage du discours politique à la mise en œuvre effective. « Je ne suis pas venu à ce poste pour chercher un précédent », a déclaré le Président Boakai lors de la cérémonie de remise des textes, décrivant cette initiative comme la pierre angulaire de son programme de gouvernance et de son ambition de repositionner le Libéria sur la scène internationale.
Selon la feuille de route soumise par l’Office, la Cour nationale anti-corruption devrait devenir pleinement opérationnelle d’ici novembre 2026, tandis que la Cour des crimes de guerre et économiques est attendue pour novembre 2027. Un calendrier accueilli favorablement par les organisations de victimes et de la société civile, à l’image d’Esther Yango, à la tête du Secrétariat des ONG de femmes du Libéria, pour qui « la justice est la pierre angulaire du développement ».
Ce dossier reste néanmoins semé d’obstacles. La baisse significative de l’aide internationale traditionnelle, notamment américaine et suédoise, fait peser une pression croissante sur le financement du processus. Après des années de report sous les administrations précédentes, la détermination affichée par Joseph Boakai devra donc se mesurer, dans les mois à venir, à sa capacité à transformer des textes de loi et des décrets présidentiels en institutions réellement fonctionnelles, seule condition pour que les victimes de la guerre civile obtiennent enfin la réponse judiciaire qu’elles attendent depuis plus de deux décennies.
